Tuc d’Auboubert

Mission d’études du 10 au 21 octobre 2018 au Tuc d’Audoubert

par Robert Bégouën, octobre 2018

L’objectif de la mission est de profiter de la culture de ces pisteurs namibiens pour la connaissance et la reconnaissance des traces animales et humaines. Au Tuc, ce ne sera bien-entendu que l’étude des empreintes et traces humaines.

Ce matin 11 octobre, le départ est fixé à 9 h, mais tout le monde est au labo dès 8h30. La tension et l’excitation de tous sont palpables. Départ à 8h45 avec le minibus Mercédès de l’Universitat zu Köln. C’est une belle matinée d’automne et la descente dans la rosée vers le Volp et la grotte est des plus agréables. Dans le bateau avec Tsamgao, je constate qu’il est à l’aise avec les pagaies. A peine arrivé sur la plage de gravier et pour gagner du temps, je l’abandonne au bord de l’eau pour aller ouvrir les quatre portes, dont l’une, dans la cheminée, est difficile à atteindre et à manipuler, exigeant un contorsionnement délicat. L’équipe réunie au pied de l’échelle dans la Salle Nuptiale, le cheminement se fait ensuite sans encombre : les San connaissent la grotte puisque ce sont eux qui sont déjà venu en 2013. Après un salut aux Bisons d’Argile, le temps qu’Andreas installe le matériel dans la Salle des Talons, nous voilà à pied d’œuvre au bord des empreintes et des dessins sur le sol. L’équipement s’est sérieusement étoffé depuis la dernière mission : caméra Go-pro sur pieds, projecteurs professionnels etc…
L’étude commence par le côté gauche, celui où sont les claviformes reliant symboliquement l’art pariétal des galeries du Niveau Médian à celui des galeries du Niveau Supérieur. Tilman tient sur une planche le relevé graphique des empreintes de la publication pour y noter au fur et à mesure les indications des Sans : genoux, pieds, talons, dynamique et sens de leur progression etc. Très vite, ils voient le passage de deux individus, un jeune d’une douzaine d’années, et un adulte. Le jeune aurait fait un aller retour le long de la paroi gauche sur deux mètres environ. Vers le milieu de son parcours, il se serait tourné vers la paroi, sans doute pour y tracer les dessins encore visibles. Ils repèrent des traces de genoux, de talons et de pieds. Avant d’exprimer leurs convictions, ils discutent longuement dans leur langue et ses clics chaque trace dans ses moindres détails. Il faut dire que l’étude est grandement facilitée par l’extrême qualité de l’éclairage, au champ large, puissant et homogène, sans le moindre halo, qui permet de voir en permanence les traces dans leur globalité. Je redécouvre la Salle des Talons, plus belle et mystérieuse qu’elle ne l’a jamais été ! Allons-nous lui extirper quelques-uns de ses nombreux mystères, ceux du pourquoi de leur présence si loin de leur base ?
Toujours sur le côté gauche, la petite structure de concrétions et d’argile est étudiée minutieusement. Pour les pisteurs, les Magdaléniens auraient laissés là, en les posant verticalement dans le sol, leurs outils pour dessiner : afin de mieux tenir en mains les fines stalactites choisies, ils les auraient enrobées d’argile à une de leurs extrémités ! En revanche, ils ne peuvent rien dire sur la façon dont les plus longs signes ont pu être tracés sur le sol, les talons ou genoux autour d’eux n’étant pas compatibles. Il faut souligner ici que l’une des caractéristiques des San, c’est qu’ils savent ne rien dire quand ils ne savent pas ! C’est pour nous une qualité importante…

12 octobre, Etude de la Galerie des Petits Pieds.

13 octobre, Visite de Maximilien. Etude de la Galerie des Empreintes. Le sens de l’étude se fait en revenant vers l’entrée de la grotte.
Les Sans sont toujours aussi concentrés dans leurs observations pour apporter un éclairage le plus juste possible, qui, encore une fois, n’a pas manqué de nous étonner et de nous surprendre. Le travail a commencé  par les empreintes proches du coccyx d’ours (la ½), en progressant vers le crâne d’ours. Ils ont rapidement fait le lien entre une des empreintes situées le plus à gauche, et une située sur le centre de la plage étudiée, au milieu d’autres, qu’ils ont identifiées comme étant de la même personne. Peu à peu, en se déplaçant vers le centre de la galerie, d’autres empreintes ont été identifiées, certaines déjà vues, mais aussi d’autres jusqu’alors inconnues. Après une longue discussions entre eux de près de 20 mn sur une groupe d’empreintes distinctes mais superposées, ils sont arrivés à la conclusion qu’il n’y avait pas 3 empreintes comme on pouvait l’imaginer, mais deux dont une correspondait à une empreinte consécutive à un mouvement du corps d’une position basse à une position haute.
La plus grande surprise de la matinée a sans aucun doute été la mise au jour, avec un naturel et une facilité déconcertante, de l’empreinte d’un pied gauche d’un très jeune enfant de deux ans. La matinée s’est terminée par cette découverte qui nous a tous bouleversés. La journée de demain sera dédiée aux observations autour du crâne ?

14 octobre,  Le Tuc avec les Sans, Andreas, Tilman, Eric, Maximilien, Robert. Départ 8h30. Etude la Galerie des Empreintes : suite.
Pendant l’installation du matériel, les Sans ont jeté un premier coup d’œil sur l’ensemble de la salle, du crâne vers l’entrée, à droite comme à gauche, afin d’avoir une opinion globale.
Autour du crâne, ils observent les mêmes talons de l’homme et de la femme que ceux qu’ils ont déjà observées les jours précédents. Les observations se sont poursuivies au nord du crâne où d’autres empreintes ont été relevées, toujours avec la même facilité, en précisant le type de pied (droit ou gauche), le genre, l’âge, le poids et parfois même la rapidité,  avec le sentiment de confiance du magdalénien dans son mouvement. A la question de savoir si les traces de poils accusant une ligne à angle droit, proche de la fouille magdalénienne, pouvait correspondre à celle d’un vêtement ou plutôt à des poils d’ours dont la présence est très répandue, les Sans répondirent tranquillement, en faisant une constatation implacable, qu’en l’absence de trace humaine autour d’elles, toute appartenance à un vêtement était impossible à déterminer. A chaque question, les Sans ont une réponse, positive ou négative, toujours simple et logique.
Il est alors 11h15 et Andreas suggère d’étudier une plage supplémentaire. Cependant, les Sans expriment la nécessité de sortir pour cause de besoins pressants ! Si différents et pourtant tellement semblables. L’équipe retrouve alors l’extérieur et la mission s’achève avec sourire sur ce beau constat. L’humanité est ainsi faite !

Lundi 15 octobre. Départ 8h30, avec RB et Marie-Brune. Il a plu toute la nuit, et le Volp coule désormais. Etude de la Galerie des Empreintes, suite, c’est-à-dire la plus proche de l’entrée de la salle. Les Sans repèrent tout-de-suite que c’est le même couple que l’on retrouve là, tant à l’aller qu’au retour. Comme d’habitude, ils discutent longuement entre eux en observant les traces, les entourant de leurs points lumineux rouge ou vert,  puis traçant leur direction présumée ou réelle. Tout-à-coup, le plus jeune dit à Tilman qu’il est prêt à lui restituer leurs conclusions, en anglais. Tilman se fait alors expliquer la situation de chaque empreinte sur le relevé de la publication, en y ajoutant les nouvelles informations. Il faut dire que lors de notre étude, nous avions éliminé systématiquement toutes les traces et empreintes que nous considérions comme peu sûres, préférant pêcher par défaut que par excès. La dynamique des traces, elle aussi, nous était étrangère. Quant à l’âge de leurs auteurs, nous préférions nous en tenir à la prudence de leurs mesures… Celles-ci, d’ailleurs, garderont toute leur utilité, car un petit enfant de 6 ans San n’a pas forcément la même pointure qu’un petit allemand ? Une interprétation sera nécessaire, mais Andreas et Tilman le savent bien… A 11 H, l’étude de la galerie étant finie, nous rentrons.